jeudi 14 juillet 2011

Slavoj Slovaj au festival de Mioussac



- Bonjour Constantin Glandier, bonjour à tous, merci d'être si nombreux pour cette table ronde autour du travail de Constantin Glandier, qui depuis l'ouverture du festival, ici à Mioussac, fait l'événement avec le spectacle Bâtard et fils de Dieu. Alors, vous n'êtes pas à votre coup d'essai, car votre précédente pièce, J'ai vu le fils de l'homme au fond d'un puits, avait déjà profondément marqué les esprits de ceux qui l'avaient vue au festival de Kronsberg. Mais, cette année, on peut dire que la critique est unanime et salue une oeuvre très courageuse, assez provocante dans sa forme. Avant d'échanger avec vous, je laisse la parole au philosophe letton Slavoj Slovaj, qui réfléchit depuis longtemps sur l'esthétique du théâtre et souhaite nous parler de la représentation de la violence. Slavoj, c'est à vous...
- Merchi beaucoup dje m'avoir invité à réfléchir avec vous à che formidjable prrroblème echtéthique. Che poserai une question : comment repréchenter la violenche chur chène aujourd'hui, chans la dichqualifier automatiquement ? Il me chemble que Glandier représente aujourd'hui une chynthèje entre, d'un côté la tradition d'un théâtre de la manifechtation de la violenche et de l'autre un théâtre qui déjigne le chpectateur comme compliche. Qu'est che qui est violent ? Une vieille femme en haillons mendie à côté d'un chentre commerchial. Un employé est pris dans un double-bind que lui impoje chon patron, lui intimant de choisir implichitement entre chon entreprije ou cha vie. Un enfant découvre l'arbitraire de l'autorité lors d'une punichion collective. Une jeune fille se fait humilier en direct à la télévijion devant des millions de gens.
Ches exemples ont des niveaux de violenche différents ; il faudrait prendre en compte l'impact psychologique, les condichions empiriques, etc. Toutefois, ce qui leur est commun, ch'est que dans nos chochiétés polichées, riches, libérales, démocratiques, et pour une très grande part, pachifiées, nous avons intégré ches violenches comme étant normales, ou du moins familières. Auchi, à qui s'adrechent les chpectacles cathartiques du genre de ceux de Glandier, convoquant à grand renfort de provocachions, d'effets traumatiques, de formes de l'exchès, une violenche chur chène ? Les gens qui viennent voir Glandier à Mouchiac, sont le plus souvent éduqués, viennent de clache moyenne ou chupérieure. Ils peuvent être victimes eux-mêmes de violenches quotidiennes, notamment dans ce qu'ils chont obligés de chubir dans leur travail. Toutefois, ils ne voient plus vraiment jette violenche. Quand ils remarquent encore la vieille, à côté du chentre commerchial, ils peuvent s'en émouvoir, voire che chentir coupable, mais che doivent de l'oublier très vite, chans quoi leur conchienche che chinde en deux : leur bonheur est condichionné par le malheur de chette vieille mendiante. Ch'est tout le mode de vie capitalichte des chociétés démocratiques qui l'exige.
Il me chemble que la foncchion cathartique des chpectacles de Glandier conchiste à innochenter la mauvaije conchienche de l'homme riche occidental et non l'inverche, qui serait de lui faire prendre conchiensce du malheur univerchel produit par le chychtème capitalichte. Pourquoi une telle unanimité chur vos chpectacles, un tel ravichement des spectateurs, malgré l'épreuve que vous leur faites chubir ; et che vous le dis sans animosité aucune, car ch'est plutôt bien fait...hum...echcujez-moi (verre d'eau)...ch'est qu'il me chemble que la violenche repréjentée est immédiatement dichqualifiée. Plus la violenche sur chène est jouée, à l'exchès, dans ches dimenchions grotesquement tragiques et plus elle est déchargée. Le chpectateur retourne chez lui heureux, lavé de cha conchienche malheureuse, puichque le chpectacle a fait taire, dans un débordement libidinal, toute tentative de quechtionnement éthique...mmmh qu'est che qui che pache ?
- Monsieur s'il vous plait, si vous voulez intervenir, attendez la fin de la conférence...non...lâchez ce micro...ça ne sert à rien on ne vous entend pas...lâchez cette bouteille d'eau ! Constantin, attention ! C'est lamentable...non, lâchez ce micro ! C'est du terrorisme...
- ...antin Glandier est un escroc ! Dis, tu vas répondre ! POURQUOI DIX HECTOLITRES DE SODA !

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