lundi 18 avril 2011

de mal en pis



Il faisait trop chaud dans le bureau de Thérèse Navarian.
Bourzache subissait une météo en avance sur son temps.
La directrice du Transit s'éventait avec les pages Sports de son journal, dans lequel elle avait lu la confirmation de l'élection d'un de ses confrères, directeur lui aussi d'une des plus importantes structures culturelles du Pays, à la tête de la commission d'attribution des labels.
Des artistes célèbres du Pays le soutenaient.
Gruumpfh...marmonna Thérèse.
Elle versa du bourbon dans son coca light en pensant aux années derrière elle. Il me reste combien à moi...douze ans ?
Dans la rue on entendait la manifestation de soutien à Biscotte, le bichon nain martyrisé par des jeunes de la cité du Plandu.

Ulrich, qui n'avait encore rien dit, se tenait dans un recoin, à l'ombre, comme s'il ne devait rester de lui qu'une trace sur un mur, à la façon des fantômes de Kiyochi Kurosawa, et rêvait à d'autres horizons professionnels. Jandry sur Mazure ? Froidevulve ? Cessez la Trempe ? Encore d'autres préfectures, d'autres commissions, d'autres Directions Culturelles du District.
Thérèse anticipait comme une télépathe junkie les moindres désirs de son assistant.
Tu sais, petit...je sens un frémissement...le début d'un changement de paradigme. Nous sommes les derniers, nous serons les seuls. J'ai bien peur que le temps où nous pouvions encore faire illusion est révolu...il faut que je me trouve un poste au District, putain...pour mes vieux jours. On ne peut plus faire ce qu'on veut, mon petit Ulrich. Non non, c'est fini tout ça...
Gros soupir.

Au même moment, dans un pays lointain et en guerre, un autre directeur se faisait égorger dans une rue, en plein jour.

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