samedi 29 janvier 2011

Le vide programmateur


Thérèse Navarian tentait de faire bonne figure en se tenant au zinc. Ses jambes se dérobaient de temps en temps mais elle comptait sur ce pauvre Ulrich pour la retenir. Celui-ci soupirait de dépit. Sa patronne avait mis une de ses robes à fleurs ridicules. Elle était devenue la risée de la profession, même si son passé glorieux de programmatrice culturelle l'avait placée au pinacle de la Division Culturelle du District. Ce soir là, les huiles ne s'étaient pas déplacées. La dernière production de Berthe Mulhouse avait fait un four, le public sortait par grappes ; certains spectateurs pouffaient, d'autres hurlaient de rage. Un barbu de l'Education Nationale, ayant reconnu Thérèse Navarian qui tentait de se cacher derrière Ulrich pour échapper aux insultes, sortit le programme de sa petite pochette en cuir et se mit à le manger devant la directrice du Transit, avec des yeux de fou. "Sors-moi de là" dit-elle à Ulrich.
Mais elle avait bu trop de rhum. Ses jambes ne la soutenaient plus. On vit donc Ulrich se frayer un chemin parmi la foule, que la salle continuait de vomir, en tenant sa patronne ivre par les épaules. Il vit furtivement le directeur de la Division Culturelle du District. Celui-ci venait vers lui à grandes enjambées, quand un abonné furieux, par ailleurs artiste peintre local, lui fit un croche-patte. On vit donc aussi le directeur de la Division Culturelle du District s'étaler de tout son long dans le vide programmateur, réalisé pour l'occasion.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire